Samedi dernier, nous nous sommes réunis avec la secte pour une petite soirée vidéo. Nous avons regardé deux films sortis en salle cette année : The Witch et The Conjuring 2. Les deux longs métrages nous ont semblés si différents qu’il nous a paru intéressant de les opposer dans un article. The Witch réalisé par Robert Eggers raconte l’histoire d’une famille de cul-bénis en Nouvelle-Angleterre au milieu du XVIIe siècle. La mystérieuse disparition de leur nouveau-né et la perte soudaine de leurs récoltes vont rapidement les amener à se dresser les uns contre les autres… The Conjuring 2 se penche sur un nouveau dossier du couple Warren, experts en paranormal. Lorraine et Ed Warren se rendent dans le nord de Londres pour venir en aide à une mère qui élève seule ses quatre enfants dans une maison hantée par des esprits maléfiques. And now, ladies and gentlemen, let’s get ready to RUUUMMBBBLLLEEE (Démarrons notre comparatif ! …pour les ignares en anglais).

Bande-annonce de The Witch :

Bande-annonce de The Conjuring 2 :


Fonzi : Avant de voir ce qui oppose ces deux films, on peut déjà voir ce qui les rapproche. Dans les deux cas, on va causer d’esprits démoniaques et de possession. On suit l’histoire de deux familles relativement nombreuses en plein cœur de la tourmente. Et pour chacune, le mal s’insinue par l’intermédiaire des enfants… « Faites des gosses » qu’ils disaient… mais les mioches ne font rien que foutre une belle merde et on en a la preuve flagrante ici !! On a donc un thème et un fond que l’on peut rapprocher selon moi. Par contre c’est sur la forme que l’on va voir l’opposition. Notamment en terme de réalisation pure, de rythme, on a vraiment deux cinémas et deux façons de faire des films très différentes. Qu’en pensez-vous ?

Darko : Si vous devez vous mâter les deux films au cours d’une même soirée, un conseil, visionnez The Witch en premier. Le film démarre avec un rythme assez lent, des plans sombres dans lesquels on distingue parfois à peine les formes, une musique d’ambiance bien présente (un peu trop à mon goût du moins au début). Le cadre et le décor sont posés et un suspense s’installe de manière progressive. Avec The Conjuring 2, c’est tout simplement l’opposé avec un démarrage très speed presque sans temps mort. On assiste à un festival visuel qui met l’eau à la bouche. En tous, cas, le spectateur est projeté d’entrée de jeu dans l’ambiance et sait qu’il va en prendre plein la vue pour son plus grand plaisir.

Les deux films s’opposent également du point de vue des effets visuels et de la manière de poser une ambiance flippante. The Witch, dans un style un peu rétro, est très sobre et ne fait pas vraiment dans les artifices. Le climat oppressant est distillé à travers des plans bien choisis, l’histoire d’une famille extrémiste vivant en quasi autarcie avec leurs quatre enfants, la présence d’un bouc noir au sein du bétail et une forêt inquiétante autour de la ferme. Des éléments qui contribuent assez efficacement à créer une ambiance à la fois pesante et intrigante. The Conjuring 2 quant à lui, adopte un style différent mais tout aussi assumé, très contemporain et regorge de scènes flippantes bien pensées. Les deux films  demeurent bien maîtrisés et par conséquent rudement efficaces.

Et toi, Valgur, t’en pense quoi ?

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Valg : Pour revenir sur ce que disait Fonzi concernant les enfants par lesquels le mal arrive, c’est intéressant de noter qu’il s’agit également d’une fille dans les 2 cas. Le choix n’est pas hasardeux puisqu’il fait référence à la genèse, que la référence soit voulue ou tout simplement intégrée.

Ce point mis à part, j’avoue ne pas trop partager votre enthousiasme concernant la seconde partie de soirée à savoir The Conjuring 2. Je me suis assoupi malgré le déluge d’effets. La mise en scène et le montage manquent sévèrement de contrastes. Du coup ça surprend au début et on s’accoutume rapidement au rythme effréné. Ça en devient presque lassant, d’autant plus que le scénario est assez mince. La narration de ce métrage du pourtant doué James Wan souffre clairement de la comparaison avec celle de The Witch qui suit une démarche inverse et que je préfère.

Robert Eggers qui en plus d’avoir réalisé ce film en a aussi écrit l’histoire et base sa mise en scène sur le scénario. La forme est au service du fond ce qui fait de The Witch un film d’auteur vs The Conjuring 2 qui assume tout à fait d’ailleurs son côté pop corn movie.

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Fonzi : Tu fais monter le niveau du débat d’un cran avec ta référence théologique ! D’ailleurs c’est un autre point que j’ai oublié de citer précédemment pour rapprocher nos adversaires du jour : La religion. Carrément omniprésente dans The Witch, elle a également une place de choix dans la narration de The Conjuring 2.

Tu t’es endormi mais comme l’a souligné Darko, si on avait regardé ces deux films dans l’ordre inverse je pense que le sommeil serait venu encore plus vite. J’ai trouvé The Witch plus intéressant mais tourné dans un rythme plus « soporifique ». Il faut s’accrocher et être relativement en forme pour se lancer dans un film comme ça mais ça en vaut la peine. Parfois on se croirait dans un film d’auteur ouzbek diffusé uniquement pendant le festival Télérama… mais pour un film labellisé « épouvante-horreur » il a le mérite de nous donner à voir quelque chose de différent, qui sort des sentiers battus. Mention spéciale au directeur de la photographie Jarin Blaschke qui a fait un boulot superbe. La plupart des plans sont éclairés à la bougie et font penser à des peintures clair/obscur du XVIIe siècle de Rembrandt ou de l’italien Caravaggio. Ce qui m’a surpris aussi c’est la maturité de ce long-métrage sachant que le réalisateur, Eggers, est très jeune et réalise ici sa première oeuvre.

Repas

Concernant The Conjuring 2, je ne suis pas aussi enthousiaste que j’en ai l’air. J’ai apprécié le film pour ce qu’il est : un pop-corn movie comme tu dis. C’est un produit de commande et qui donc répond à un cahier des charges assez précis pour bien se vendre et fonctionner auprès des masses. James Wan est un bon, il n’y a plus vraiment à débattre là-dessus. Ce qu’il produit est maîtrisé, ce qui en fait à la fois une force et une faiblesse. Ce mec a un talent pour créer des films concept qui donnent lieu à des franchises interminables (Cf Saw et doncThe Conjuring qui semble bien parti…) mais cette suite n’apporte pas grand chose, il faut être honnête. Elle se calque sur le premier volet et abuse totalement des « jumpscares ». Par contraste The Witch n’en utilise jamais ! …ce qui peut surprendre tant on est habitué à cet effet « facile » dans les films d’épouvante actuels. Le film démarre pied au plancher pour ne plus redescendre, je vous rejoins totalement là-dessus. Et les « jumpscares » finissent par devenir comme un mauvais hoquet qui nous emmerde plus qu’autre chose. Lassant comme tu dis Valg.The Witch est bien plus subtil et va crescendo. Si le film démarre doucement, le film termine en apothéose. La fin de The Witch m’a d’ailleurs rappelé un peu celle de la Neuvième Porte de R. Polanski… Le diable représenté par un femme dans le plus simple appareil dansant autour des flammes de l’Enfer… The Witch un film d’ambiance envoûtant.

The Conjuring 2 et The Witch ne s’adressent pas du tout au même public. Avec le second, peu de chances d’avoir des salles bondées et des mecs qui chient sur leur siège comme c’est arrivé pour Paranormal Activity. Sur The Conjuring 2, il y a des risques de débordéments. J’en veux pour preuve l’arrêt total et définitif de la projection de ce film dans les salles UGC françaises… Ce n’est pas le moment de débattre de ce sujet mais il y aurait beaucoup à dire car cela n’augure rien de bon pour l’avenir du cinéma de genre.

Je reviens à nos moutons. On a parlé du rôle des enfants mais je trouve aussi intéressant la place de l’homme dans ces deux films. Si dans l’un, l’homme est capable de tuer ses propres enfants pour conjurer le sort (le père dans The Witch), dans l’autre le mec est prêt à se sacrifier pour sauver des enfants qui ne sont pas les siens et même jouer les pères de substitution dans cette famille monoparentale (Ed Warren dans The Conjuring 2). Je me demande d’ailleurs encore ce qu’est venu foutre Elvis là dedans…

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Darko : Et bien que de réflexions et d’émulations! Le moins qu’on puisse dire c’est que la thématique de la possession fonctionne toujours à merveille et inspire! Il est vrai que le genre offre une certaine richesse pour le traitement que ce soit d’un point de vue visuel ou narratif. Au final, il y en a pour tous les goûts et c’est aussi bien!
Fonzi, j’avoue que je pêche aussi sur la référence à Elvis dans The Conjuring 2 sauf à dire que l’acteur Patrick Wilson qui incarne le démonologue Ed Warren fait vaguement penser au King de la belle époque… Peut-être un fan?

Pour conclure sur ce fight d’un genre un peu spécial, je dirais que même si The Conjuring 2 tient bien la route dans le registre du pop corn movie, ma préférence ira tout de même vers The Witch pour sa finesse et sa sobriété  dans le traitement de cette thématique de la possession maintes et maintes fois revisitée (on ne peut s’empêcher ici de penser au cultissime l’Exorciste et à tous les dérivés du même genre qui ont proliféré depuis ces dernières années).

Valg : Pas mieux pour la référence à Elvis. On va opter pour la suggestion de Darko. C’est vrai que c’est intéressant et même rassurant pour le genre de voir 2 traitements très opposés pour une thématique proche.

Clairement pour finir j’opte pour la subtilité et la précision à tout point de vue de The Witch en réponse aux effets coup de boule de The Conjuring 2. J’espère et j’ai bien hâte de voir ce que va nous préparer Eggers dans les prochains mois. S’il poursuit sur cette lancée sans se corrompre, il sera peut être l’alternative salutaire aux multiples productions BlumHouse qui envahissent les salles depuis plus années. Bon, on ne va pas cracher dans la soupe non plus mais ça devient trop uniforme pour faire vibrer sur la durée.

Fonzi : Je crois qu’on est tous d’accord. The Witch sort vainqueur de ce duel. Comme vous les gars, je suis curieux de voir ce que proposera le prometteur Eggers pour ses prochains projets.

LA SECTE