Synopsis

La famille PARKER est connue pour sa grande discrétion. Après le décès brutal de leur mère, les sœurs, Iris et Rose doivent s’occuper de leur petit frère. Mais le père qui dirige la famille avec la plus grande fermeté entend bien perpétuer une tradition familiale ancestrale dont les deux filles se seraient bien passées…

La critique

Présenté comme le remake du film mexicain Nous sommes ce que nous sommes de Jorge Michel GRAU, la version livrée par Jim MICKLE est en réalité, une adaptation personnalisée, fine et très bien pensée. L’intrigue et le thème sont identiques dans les deux films, en l’occurrence, la photographie d’une famille de cannibales dont le souci est de perpétuer une coutume ancestrale coûte que coûte. N’ayant pas eu l’occasion de visionner la version originale mexicaine, je ne vous livrerai pas de fight ici mais d’après ce que j’ai pu glaner comme infos, le remake américain, une fois n’est pas coutume, semble transcender sans grande difficulté la version d’origine. Je vous laisse le soin de comparer et me dire.

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We are what we are fut présenté lors de la dernière édition de l’Etrange Festival à Paris ainsi qu’au dernier Festival de Cannes dans le cadre de la Quinzaine des réalisateurs. Ce film, ainsi que nous l’indiquions, traite de la thématique du cannibalisme mais sous un angle à la fois sombre et intimiste. Le film offre une vue de l’intérieur de cette famille aux mœurs et coutumes d’un autre temps. Alimenté par quelques scènes de flash-back, le discours obtus et déraisonné du père prend aussi d’une certaine manière, des allures d’obscurantisme voire d’intégrisme religieux. Loin des films du genre traitant grossièrement du cannibalisme avec un objectif évident de choquer le spectateur jusqu’à le faire vomir (je pense ici à des films qui ont marqué les esprits et surtout les estomacs tout en ravissant les censeurs de l’époque qui ont pu exercer leur art tels Cannibal Holocaust réalisé en 1980 par Ruggero DEODATO, film extrême par ses scènes ultra gores et réalistes), le film de MICKLE revendique, au contraire, finesse, délicatesse et psychologie. Ce sont avant tout, des personnages qui sont filmés dans le cadre et l’intimité d’une famille vivant dans une sorte d’autarcie. Le spectateur assiste au dilemme des deux sœurs prisonnières du carcan dans lequel leur père les a placées et le sentiment de dégoût, de rejet qu’elles ressentent vis-à-vis d’une coutume vécue comme un lourd fardeau qu’elles souhaiteraient voir disparaitre. Les amateurs de scènes très gores à la Cannibal Holocaust, n’y trouveront certainement pas leur compte bien que certaines scènes ne soient pas dénuées de brutalité (je pense notamment au final). Les personnages sont clairement identifiés et suffisamment consistants pour que le spectateur s’y attache. L’on éprouve une certaine empathie pour les deux sœurs qui sont contraintes de perpétuer une tradition qu’elles réprouvent au fond d’elles-mêmes. De l’autre côté, nous avons le père, véritable caricature du patriarche intégriste qui dirige sa famille (femme et enfants) avec la plus grande rigueur mais qui est aussi capable de manifester tendresse et amour à ses enfants. Ces derniers se trouvent d’autant plus tiraillés entre amour/respect pour leur vieux et dégoût/rejet de la coutume qu’elles se doivent de perpétuer en l’absence de leur mère décédée.

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Cette manière subtile d’amener l’intrigue a pour effet de placer la thématique du cannibalisme en toile de fond. La tension est palpable dès le début du film où l’on s’interroge sur la nature du terrible secret de la famille PARKER. Cette tension va prendre de l’ampleur au fur et à mesure que l’on avance et que l’on en découvre un peu plus sur le destin macabre de la famille. Mais le film repose avant tout sur des personnages solides, consistants et attachants. C’est ce qui rend le film exquis à souhait. Le spectateur assiste au déclin de la famille PARKER dont tous les membres finiront par plonger dans une sorte de folie meurtrière. L’apogée de cette folie se manifestera lors du final assez surprenant et pour le moins inattendu.

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Pour conclure, je dirais que We are what we are est une adaptation magistralement réussie, originale dans sa manière d’aborder une thématique maintes fois traitée mais souvent de manière grossière (je ne critique pas car c’est un genre aussi qui possède son public). Un film à découvrir sans tarder avec l’assurance de passer un très bon moment. Croyez-moi !

DARKO