ZOMBIES FOREVER

Zombies, vous avez dit zombies ?

D’après la définition apportée par le Larousse, le terme zombie (ou zombi) désigne le revenant, le fantôme ou encore, dans le langage familier,  la personne qui a un air absent, dénuée de volonté. Selon l’époque, le lieu, la culture, le terme renvoie aussi à des croyances, au folklore. Ainsi, dans certains pays d’Afrique de l’Ouest mais aussi dans les Caraïbes notamment en Haïti et aux Antilles, le terme zombi renvoie directement au culte vaudou, à la croyance aux revenants et aux morts-vivants. Dans cette conception et en résumé, le zombi est une personne a priori morte et enterrée, ramenée à la vie par un sorcier vaudou qui, par des rituels « magiques », la place sous son contrôle pour en faire son esclave (on pense de suite à la fameuse poupée vaudou dans laquelle le sorcier plante des épingles). Cette conception associée aux croyances et au folklore est en réalité, intimement liée à l’Histoire de l’esclavage. L’exemple de Clairvius NARCISSE l’illustre bien. Originaire d’Haïti, cet homme serait décédé en 1962 des suites d’une maladie et serait « revenu d’entre les morts » sous l’effet d’une mystérieuse poudre pour devenir un zombi-esclave. L’ethnobotaniste Wade DAVIS dans son ouvrage intitulé Le Serpent et l’Arc en ciel qui, au passage, inspira le réalisateur Wes CRAVEN pour son film L’emprise des Ténèbres traitant du vaudou et de la zombification, a émis une hypothèse selon laquelle cet homme avait en fait, été drogué par des substances toxiques très puissantes. Ces substances conférant à celui qui les absorbe, l’apparence et le comportement d’un zombi.

Zombies foreverZombies forever

Si l’on jette un coup d’œil du côté de la culture occidentale, bien avant le cinéma, l’on trouve dès la fin du Moyen-Age, l’essor d’un « art macabre » faisant écho à une réflexion ainsi qu’à une prise de conscience de la vie et de la mort dans un contexte de très forte mortalité due à une série d’événements traumatisants (guerres, famine, épidémie de peste bubonique) qui ravagèrent l’Europe. Dans ce contexte,  des artistes vont œuvrer à la représentation de la mort à travers notamment des thèmes comme ceux des Danses macabres, des œuvres comme celle de Pieter Bruegel l’Ancien, Le Triomphe de la Mort (1562) ou le tableau d’Hans BALDUNG GRIEN, Le Chevalier, la jeune fille et la Mort pour ne citer que ces deux-là. Vous me direz que nous sommes bien loin des morts-vivants ou des zombies de Georges ROMERO mais n’y a-t-il pas là, quelque part, l’une des sources de cette fascination du public pour tout ce qui a trait à la mort et au retour à la vie, fascination qui demeure au travers des époques ? Tout cela pour dire que notre goût pour le macabre ne date certainement pas d’hier mais nous aurons l’occasion d’y revenir.

La figure du zombie contemporain renvoyant à l’image du mort-vivant, du cadavre, le plus souvent en état de décomposition avancée, revenu mystérieusement à la vie et dont le seul but est de dévorer de la chair humaine (fraiche, bien évidemment) puise peut-être, ses racines dans ces cultures, croyances et folklores mais c’est bien évidemment Georges ROMERO et sa saga sur les zombies sur laquelle nous nous attarderons, qui feront émerger cette figure du zombie que l’on connait bien aujourd’hui. Cette image du zombie que nous trouvons dans nombre d’œuvres de fiction contemporaines est celle qui nous intéressera tout particulièrement dans le cadre de ce dossier. Le moins que l’on puisse dire c’est que la thématique des zombies demeure, encore à notre époque, largement exploitée et continue d’inspirer nombre d’auteurs et d’artistes et ce, à diverses époques et dans des domaines variés tels la littérature, le cinéma en passant par les jeux-vidéos, la bande dessinée ou encore les séries TV. C’est précisément ce que je me propose de vous montrer à travers ce dossier et cela nous conduira à nous interroger sur le pourquoi d’un tel engouement pour ces chers zombies.

ZOMBIES ET LITTERATURE

Si l’on prend le zombie dans sa définition large du revenant, nous pouvons citer, parmi la littérature classique de genre, le roman de Mary SHELLEY, Frankenstein ou le Prométhée moderne publié en 1818, roman qui fera l’objet de nombreuses adaptations au cinéma comme le classique Frankenstein de James WHALE en 1931 ou, plus contemporain, celui de Kenneth BRANAGH en 1994. La créature de Frankenstein n’est pas exactement le zombie auquel on est habitué puisque le monstre crée par le Docteur Victor Frankenstein est composé de morceaux de cadavres recousus et n’est pas vraiment dénué de volonté ou d’intelligence. Mais nous sommes bien en présence d’un monstre revenant à la vie.

Zombies foreverZombies forever

Le célèbre écrivain Howard Phillips LOVECRAFT va lui-aussi écrire, entre autres, autour du thème des morts revenant à la vie. Dans sa nouvelle, intitulée Herbert WEST, le réanimateur, écrite en 1921, l’écrivain, s’inspirant du roman de SHELLEY, nous livre l’histoire d’un savant fou ayant inventé un sérum permettant de faire revivre les morts. Cette nouvelle fera l’objet d’une excellente adaptation au cinéma à travers une saga débutée par l’excellent Re-Animator, réalisé par Stuart GORDON (Castle Freak, Dagon) en 1985 et poursuivie par le non moins talentueux Brian YUZNA (Society, Le retour des morts-vivants 3).

Si l’on regarde à présent du côté de la littérature contemporaine, les livres traitant du thème des zombies ne manquent pas depuis ces dernières années. L’auteur Max BROOKS est connu pour être l’une des références en matière de littérature contemporaine traitant des zombies. Il est l’auteur du Guide de survie en territoire zombie publié en 2003 aux Etats-Unis et en 2009 en France. Cet ouvrage qui explique comment survivre à une invasion de zombies a très certainement contribué à la prolifération des films de genre dans le courant des années 2000. Ce même auteur a écrit un autre ouvrage intitulé World War Z et traitant cette fois-ci, de la guerre entre les humains et les zombies, une autre thématique à la mode au cinéma.

Zombies foreverZombies forever

Il est intéressant d’observer que la prolifération d’œuvres traitant du thème de l’invasion zombie correspond à une période post-traumatique et sombre en particulier pour les Etats-Unis si l’on considère par exemple, les attentats du 11 septembre 2001. Dès lors, l’apparition d’œuvres traitant des zombies, du risque et des méthodes pour parer à une éventuelle attaque, précisément en cette période noire ne pourrait-elle pas trouver un sens à l’aune d’un tel événement traumatisant, un peu à l’instar de l’Europe de la fin du Moyen-Age qui assiste à la naissance d’un « art macabre » en période de forte mortalité ? Pour aller encore un peu plus loin, la résurgence puis la prolifération des zombies, précisément en cette période, ne serait-elle pas, en quelque sorte, le reflet d’un envahisseur, le symptôme des peurs de toute une Nation et dont la victoire signifierait tout simplement sa destruction ? Il ne s’agit certainement pas de la seule cause pouvant expliquer le phénomène et son ampleur mais il y a là peut-être, quelques clés pour le comprendre. Mais revenons un instant sur ces fameuses clés pouvant expliquer cette fascination du public pour les zombies. Des auteurs contemporains se sont penchés sur cette question. Maxime COULOMBE, dans son ouvrage intitulé Petite philosophie du zombie ou comment penser par l’horreur, publié en 2012, a souhaité livrer ses réflexions que je trouve fort intéressantes. Pour lui, la popularité du zombie serait en quelque sorte le symptôme « d’un pessimisme contemporain » se traduisant notamment par notre fantasme d’assister à la fin des temps comme l’illustre d’ailleurs le succès du « cinéma apocalyptique ». Le zombie est aussi « figure d’inquiétudes » et en ce sens, il reflète nos peurs les plus refoulées, matérialise, paradoxalement, ce que la société contemporaine tend à rejeter (la mort, la décomposition du corps, le laid, l’abjecte, … bref, tout ce que véhicule la figure du zombie). Pour aller encore plus loin, on peut dire que le zombie nous renvoie une image de nous-mêmes prise dans son aspect le plus primitif (brutalité, violence, cannibalisme…) et conduit à s’interroger sur les limites de l’Humanité. Toujours pour illustrer notre propos et plus proche de nous, Madeleine ROUX nous livre en 2011, Un blog trop mortel, traitant là encore du thème de l’invasion zombies. Pit AGARMEN nous livre en 2012, La nuit a dévoré le monde, roman dans lequel il narre l’histoire d’un homme seul ayant survécu au déferlement des zombies sur le monde. Encore plus récent, l’ouvrage de Vincent PARIS, publié en 2013, intitulé Zombies, sociologie des morts-vivants.

Bref, vous l’aurez compris, ce ne sont pas les ouvrages qui manquent sur le thème des zombies, thème qui demeure une source d’inspiration évidente pour nombre d’écrivains encore à l’heure actuelle.

ZOMBIES ET CINEMA

Georges A. ROMERO et sa saga des zombies

Zombies foreverZombies forever

L’on ne peut parler de zombies sans évoquer le réalisateur mythique Georges Andrew ROMERO. Il n’a certes pas inventé le concept de zombie mais c’est sans conteste grâce à ses œuvres cinématographiques que le genre s’est considérablement popularisé et développé. L’exemple le plus connu des amateurs demeure sa célèbre saga des zombies débutée en 1968 par le film culte La Nuit des morts-vivants (The Night of the Living Dead) qu’il réalise en collaboration avec John A. RUSSO après avoir créé sa société de production Image Ten Productions. Ce premier volet de la saga fera d’ailleurs l’objet d’un remake éponyme de la version originale réalisé en 1990 par Tom SAVINI, alors connu pour ses superbes effets spéciaux et maquillages. Ce premier film de la saga ouvre la voie à Georges ROMERO qui va alors s’y engouffrer pour finalement faire du film de zombies une vraie « marque de fabrique ». Ainsi en 1978, il réalise le film Zombie (Dawn of the Dead) en collaboration avec le réalisateur Dario ARGENTO sur lequel j’ai d’ailleurs eu l’occasion d’écrire un dossier publié sur ce Blog et auquel je vous renvoie pour plus d’informations sur ce maestro du giallo. Ce deuxième volet fera lui aussi l’objet d’un remake intitulé L’Armée des morts réalisé par le brillant Zack SNYDER (300, Watchmen, Sucker Punch) et sorti en 2004. En 1985, Georges ROMERO poursuit sa saga en nous livrant un troisième opus intitulé Le Jour des morts-vivants (Day of the Dead) en écho au premier mais sans réelle continuité au niveau scénario. Là encore, ce film fera l’objet d’un remake réalisé en 2007 par Steve MINER (House). En 2005, l’on aurait pu croire que ROMERO s’était lassé de ses zombies mais que nenni. Il revient à la charge avec un quatrième volet intitulé Le Territoire des morts (Land of the Dead). En 2008, il récidive avec Chronique des morts-vivants (Diary of the Dead) et en 2010, rebelote avec Survival of the Dead. Au total, pas moins de six films consacrés aux zombies. Autant dire qu’entre le réalisateur et ses zombies c’est une grande histoire d’amour :).

Zombies foreverZombies foreverZombies forever
Zombies foreverZombies foreverZombies forever

Dans les films de ROMERO, les zombies existent mais on ne sait pas trop pourquoi ni comment. Ils sont lents (contrairement à ceux figurant dans certains remakes qui sont plutôt vifs), sans intelligence apparente, guidés par leur instinct et surtout par leur faim de chair humaine. Ils se déplacent le plus souvent en horde et se trouvent en opposition avec un groupuscule d’humains assaillis représentant tout ce qui reste de la société. L’histoire se déroule souvent dans un seul et même lieu ce qui renvoie aux huis-clos avec toute la dimension oppressante qui en découle (une maison barricadée dans La Nuit des morts-vivants, un centre commercial dans Zombie, une base militaire dans Le Jour des morts-vivants). Les films de zombies façon ROMERO possèdent aussi une dimension assurément satirique et critique envers la société américaine, plus globalement envers la communauté des Humains par opposition à celle des Zombies. Ce faisant, en prenant comme base cette opposition, ROMERO parvient à mettre en lumière des comportements, réactions, décisions humaines pouvant survenir dans des situations extrêmes. En effet, il est fort intéressant d’observer que souvent, les plus bas instincts se révèlent non pas du côté zombies mais bien du côté des individualités humaines capables du pire pour sauver leur vie, allant même jusqu’à sacrifier les autres membres du groupe. A l’inverse, les zombies apparaissent, certes dénués d’intelligence (encore que…), mais totalement solidaires. Leur communauté ne fait qu’un seul corps et tous les membres semblent poursuivre un même objectif (se nourrir de chair fraîche). Une exception peut-être dans Land of the Dead où l’un des zombies se démarque clairement des autres en prenant la direction du groupe afin d’en assurer la sauvegarde contre l’ennemi humain. Ce cinéma explore selon nous, la frontière, ici mouvante, entre l’animalité et l’humanité. En définitive, ce qu’il faut entendre c’est que « le monstre » n’est peut-être pas celui que l’on pensait au départ…

Vers une nouvelle génération de zombies…

Les films de ROMERO ont été une évidente source d’inspiration pour nombre de réalisateurs qui s’essaieront comme lui à des œuvres mettant en scène des zombies ou des monstres assimilés. Pour n’en citer qu’un et pas des moindres, le film gore néo-zélandais, Braindead de Peter JACKSON (Bad Taste, Le Seigneur des Anneaux) et son festival de zombies finissant dans un déluge d’hémoglobine (les fans se souviendront certainement du carnage occasionné par la tondeuse à gazon). Ce film mêlant les genres gore et comédie est une belle réussite qui décrocha de nombreuses récompenses dont le Grand Prix au Festival du film fantastique d’Avoriaz en 1993. Depuis le début des années 2000, les films du genre prolifèrent. Nous pouvons par exemple, citer le film de science-fiction post-apocalyptique 28 jours plus tard réalisé en 2002 par Danny BOYLE (Trainspotting, Slumdog Millionnaire) mettant en scène des humains contaminés par un virus qui les transforme en monstres assoiffés de chair et de sang. Dans ce film de genre, les monstres sont tout de même différents des zombies de ROMERO en ce qu’il s’agit, à la base, d’humains infectés donc malades. L’origine du Mal est connue. Cependant, visuellement, ces humains malades ressemblent au final, à l’image des zombies que l’on connait. Bien d’autres films vont surfer sur cette vague de la pandémie dévastant la planète et transformant ses habitants en monstres. Et que dire de l’excellent Shaun of the Dead réalisé par Edgar WRIGHT (Hot Fuzz) en 2004, clin d’œil évident aux œuvres de ROMERO mais empruntant davantage le ton léger de la comédie et de la parodie. Un prolongement et une évolution intéressante des films du genre.

Zombies foreverZombies foreverZombies forever
Zombies foreverZombies foreverZombies forever

Dans un même esprit et plus récemment, nous trouvons le sympathique métrage intitulé Fido réalisé par Andrew CURRIE en 2006, film qui décrochera le Prix du Jury au Festival international du film fantastique Fantastic’Art de Gérardmer en 2007. Ce film va encore plus loin dans l’évolution des rapports Humains-Zombies en traitant de l’assujettissement des zombies enfin maîtrisés par les humains et cantonnés à la fonction sociale d’animal domestique. Dans ce film satirique très intéressant et amusant, les humains ont remporté la victoire sur les zombies ce qui leur a permis de les assujettir en les contrôlant au moyen d’un collier. Chaque famille qui se respecte se doit de posséder chez elle un zombie au même titre qu’un chien ou un chat. L’idée y est très bien exploitée et l’on pourrait faire un rapprochement avec la conception du zombi-esclave émanant du culte vaudou (en lieu et place de la poudre vaudou ou des épingles du sorcier, nous avons ce fameux collier, le résultat étant, dans les deux situations, identique, à savoir un assujettissement, une exploitation du zombie). Toujours dans le prolongement des films satiriques avec comme toile de fond la thématique des zombies, l’on trouve le sympathique Doghouse réalisé en 2009 par Jake WEST. Le film met scène un groupe d’amis partis prendre l’air dans un village paumé où l’ensemble de la population féminine s’est transformée en zombies et se met en quête de bouffer les mecs qui ont l’imprudence de s’y aventurer. Bref, le message du film est clair, c’est la revanche des femmes sur les mecs machos et misogynes. Enfin, toujours en 2009, la sortie du film Bienvenue à Zombieland de Ruben FLEISCHER (Gangster Squad) a été un véritable succès au box-office américain. Il a d’ailleurs été décidé une adaptation sous forme de séries TV. Je m’arrêterai là dans la liste des films de zombies contemporains mais il y en a évidemment bien d’autres à découvrir pour peu que l’on s’y intéresse.

Cette première partie du dossier s’achève ici et nous nous apercevons déjà de la place importante qu’occupent nos zombies dans la littérature et le cinéma encore aujourd’hui. Mais la prolifération des zombies ne s’arrête pas à ces deux domaines ainsi que nous le verrons dans la seconde et dernière partie de ce dossier.

DARKO